
Le traditionnel dilemme entre sapin naturel et artificiel ne se limite pas au simple ménage mais revient chaque année sur les grandes places des communes françaises. Si certaines villes ont, depuis quelques années, fait le choix de l’artificiel, nombre d’entre elles s’y refusent encore pour ne pas entacher les traditions.
C’est en décembre 2021, que la mairie de Bordeaux a dévoilé sur la place Pey Berland aux portes de la cathédrale un sapin d’acier et de verre. Une immense tour de 11 mètres dont les plaques teintées rappellent la couleur des bouteilles de vin emblématique de la ville. Un parti risqué aux premiers abords pour la ville et l’artiste Arnaud Lapierre en charge du projet, mais forcé de constater que si la population était dubitative, elle s’est petit à petit laissée convaincre jusqu’à faire de ce sapin l’un des principaux monuments de la ville à Noël. Une acceptation qui ne s’est pas faite sans quelques critiques de l’opposition, qui accusait notamment le coût de la sculpture à 130000 euros.
Une réalité peu festive

Plantation de sapin “naturels”
Malgré le succès de certains sapins artificiels grâce à des initiatives comme celle de Bordeaux, l’éternel conifère fraîchement coupé et à l’odeur boisée, reste un incontournable des places de mairie à l’approche des fêtes. Strasbourg, Lyon ou encore Besançon restent attachés à la tradition du grand sapin de noël, un arbre mort et arraché à la forêt, mais décoré de toute part. L’envers du décors, c’est celui d’arbres soumis à de nombreux épandages de pesticides, galvanisé à l’engrais et réduisant la biodiversité autour d’eux puisque poussant sur des parcelles en monoculture. A cela s’ajoute le transport d’arbres pouvant atteindre une trentaine de mètres à travers la France ou l’Europe. Enfin ces sapins représentent à la fois pour les particuliers et les municipalités un coût annuel plus important que les sapins réutilisables. Si en 2021, la sculpture de la place Pey Berland a coûté 130000 euros à la ville de Bordeaux, il est devenu rentable en seulement 4 ans alors même que l’ancien sapin naturel faisait chiffrer la note à 40000 euros par an à la municipalité. Une économie d’autant plus appréciée avec les coupes budgétaires actuelles. Esprit de Noël est-tu là, sûrement pas dans les caisses de l’État !
A chacun son sapin

Sapin de Trafalgar Square
Les élus ne sont pas seuls à hésiter entre naturel et artificiel à l’arrivée des fêtes. Aussi bien dans les grandes maisons que dans les petits appartements, le choix du sapin est une étape cruciale des jours précédant le réveillon. Pour Eleanor, venue de Londres, la question ne se pose même pas, “Pour moi, ce sera toujours un vrai sapin à Noël” s’exclame- t-elle. L’étudiante, marquée par les traditions anglaises comme l’arbre de Trafalgar Square, offert chaque année par la ville d’Oslo à la capitale anglaise et décoré à la norvégienne, se refuse à tout changement, pour Noël du moins. Si elle comprend bien les enjeux écologiques derrière la transition, elle regrette de voir une forme de magie disparaître des grandes places européennes avec la tendance à ne plus utiliser de véritable conifères. Un sentiment que partage Hugo, étudiant en droit, mais lui à fait le choix d’investir dans un sapin artificiel. “Au moins, il dure plus longtemps et il est réutilisable celui-là“, affirme t-il. Pour Hugo, ça ne vaut plus le coup d’acheter du naturel “si c’est pour se retrouver avec un arbre bourré de pesticide en plein milieu du salon”. Bien qu’il ai pensé à acheter un arbuste label rouge ou bio, le jeune homme s’est rapidement retrouvé face à un mur financier le limitant dans ses choix “50 euros pour un sapin éphémère, c’était trop”.
Une véritable solution ?
A n’en point douter, le sapin artificiel s’est imposé comme une véritable alternative pour les mairies scrupuleuses de leur impact sur l’environnement. Pourtant, lui aussi amène son lot d’inconvénients. Côté bilan carbone, les sapins artificiels restent largement défavorisés avec pour leur cycle de vie 8,1 Kg d’émission de Co2 contre 3,1 pour les conifères naturels. Entre la fabrication à partir de matière plastique et le transport depuis des pays d’Asie, l’arbre en plastique ne devient éco responsable qu’entre 10 et 20 ans alors même que leur durée de vie moyenne est de 6 ans.
Heureusement, des sapins de noël dans d’autres matériaux existent. Carton, tissus, bois PEFC ou encore verre permettent de sculpter le symbole de Noël de façon éco responsable, tant pour les municipalités que pour les particuliers.
